Une pierre du cerrado
Un jour de 2023, un homme du nord du Minas Gerais a photographié un étrange caillou sombre qu’il avait ramassé sur la ferme de son père. L’objet était noir, curieusement piqueté, plus léger qu’un galet de quartz, et en forme de goutte. Il a publié la photo dans un groupe en ligne d’identification de météorites. Le message a dérivé, comme le font ces messages, jusqu’à atteindre Gabriel Gonçalves Silva, chercheur en chimie à l’université de São Paulo, qui l’a fait suivre à son collaborateur Álvaro Penteado Crósta, de l’université d’État de Campinas (UNICAMP). Crósta traque les cratères d’impact brésiliens depuis son mémoire de master, en 1978. Il n’avait jamais vu de tectite brésilienne. Personne n’en avait vu.

Il était sceptique. « Les tectites sont extrêmement rares », a déclaré plus tard Crósta à Eos. « Elles se forment dans des conditions très particulières et ne survivent pas longtemps dans l’enregistrement géologique. Ce fut donc une surprise totale. » Les habitants des environs de Taiobeiras, de Curral de Dentro et de São João do Paraíso avaient surnommé ces pierres turmalina fundo de garrafa, « tourmaline de fond de bouteille ». La mère d’un collectionneur, rapporterait plus tard le journal brésilien Estado de Minas, en avait jeté une boîte entière. Puis un second habitant, dans une ville située à des dizaines de kilomètres de la première, a contacté l’équipe avec le même type de roche. Silva et Crósta sont partis vers le nord.
Ce qu’ils ont trouvé, et confirmé le 2 décembre 2025 dans la revue Geology, est le sixième champ de dispersion de tectites jamais reconnu sur Terre, et le premier en Amérique du Sud. L’équipe a baptisé ces verres geraisites, d’après l’État du Minas Gerais. L’horloge 40Ar/39Ar qu’ils ont lue à l’intérieur du verre place l’événement de formation à environ 6,3 millions d’années, au Miocène supérieur. Un nouveau chapitre de l’histoire des impacts sur Terre gisait sur des terres agricoles brésiliennes, repoussé du pied par le bétail, depuis des temps immémoriaux.
Ce qui fait d’un verre une tectite
Le verre volcanique est courant ; les scories d’anciennes fonderies le sont plus encore ; la foudre fond le sable en fulgurites dans les dunes côtières. Des cailloux vitreux, noirs, en forme de goutte, posés dans la poussière d’une ferme du cerrado, pourraient, au premier regard, être n’importe laquelle de ces choses. Qualifier un verre de tectite, c’est avancer une affirmation bien plus étroite : que le verre a été engendré par l’impact hypervéloce d’une météorite, fondu à partir de la roche crustale de la cible, projeté de façon balistique à travers la haute atmosphère, puis retombé en pluie à des centaines, parfois des milliers, de kilomètres de là.
Cinq champs de dispersion de tectites avaient été reconnus avant cet article. Quatre sont assez anciens pour avoir été nommés au XIXe ou au début du XXe siècle : le champ d’Australasie (qui s’étend sur plus de 10 % de la surface de la Terre, de l’Indochine à l’Antarctique), les moldavites d’Europe centrale, du sud de la Bohême et de la Moravie, les tectites de Côte d’Ivoire, ou ivorites, d’Afrique de l’Ouest, et les bediasites et georgiaites d’Amérique du Nord, au Texas et en Géorgie. Un cinquième, les verres d’impact du Belize, dans la région de Pook’s Hill, n’a été promu au rang de véritable tectite qu’en 2021 par le groupe de Pierre Rochette, après que celui-ci a relié les verres du Belize au cratère de Pantasma, large de 14 km, au Nicaragua. L’équipe de Crósta vient d’en ajouter un sixième.
Le test de l’eau
La mesure la plus discriminante qu’a réalisée l’équipe de Crósta était la plus terre à terre : la quantité d’eau emprisonnée dans le verre. Les verres volcaniques tels que l’obsidienne contiennent entre environ 700 ppm et près de 2 % d’eau, soit 20 000 parties par million. Les geraisites affichent entre 71 et 107 ppm par spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier, l’article publié arrondissant à une fourchette de 70–110 ppm. L’écart est d’environ deux ordres de grandeur, disons un facteur cent. Les tectites sont, selon l’expression de Crósta au service de presse de la FAPESP, « notoirement beaucoup plus sèches ».
La raison tient à l’impact lui-même. Une météorite qui percute la croûte à des dizaines de kilomètres par seconde vaporise instantanément les roches de la cible et leur fait subir un choc. Les espèces volatiles, l’eau au premier chef, sont chassées en quelques millisecondes. Une lave qui refroidit à partir d’un volcan ne connaît jamais ces températures ni ces pressions ; elle piège l’eau qu’elle contient en solution. Aussi, lorsqu’un analyste voit un verre naturel riche en silice avec moins de 1 000 ppm d’eau, l’origine par impact est déjà fortement privilégiée avant tout autre test.
Lechatelierite et choc
L’autre diagnostic est microscopique. À l’intérieur des geraisites, l’équipe a identifié de rares inclusions de lechatelierite, un verre de silice pure qui ne se forme que lorsque du quartz est fondu par choc au-dessus d’environ 1 730 °C. La lechatelierite est ce qui subsiste lorsqu’un grain de quartz de la roche cible est frappé assez violemment pour court-circuiter sa structure cristalline et se figer en un solide amorphe, sans trait distinctif. Elle ne se forme pas dans les volcans. C’est l’un des diagnostics d’impact classiques, utilisé il y a des décennies par Christian Koeberl, Wolf Uwe Reimold et leurs collègues pour relier les tectites d’Amérique du Nord à la structure de la baie de Chesapeake.
Au-delà de l’eau et de la lechatelierite, la géochimie racontait la même histoire. Les geraisites contiennent 70,3–73,7 % en masse de SiO₂ et une charge alcaline combinée (Na₂O + K₂O) de 5,86–8,01 % en masse, ce qui les place dans le champ allant des dacites aux rhyolites du diagramme standard alcalins totaux–silice (TAS). Le chrome varie de 10 à 48 ppm, le nickel de 9 à 63 ppm, une légère hétérogénéité des éléments en traces compatible avec un mélange de roches sources plutôt qu’avec une différenciation magmatique pure. Les surfaces piquetées des geraisites, a ajouté Crósta dans le communiqué de la FAPESP, sont des « traces de bulles de gaz qui se sont échappées pendant le refroidissement rapide de la matière fondue lors de son trajet à travers l’atmosphère ».
Sphériques. Ellipsoïdales. En forme de goutte. Discoïdes. En haltère. Torsadées. Le catalogue des formes correspond à lui seul au vocabulaire des formes d’éclaboussure utilisé depuis un siècle pour les tectites d’Australasie et de Côte d’Ivoire. Les fragments vont de moins d’un gramme à 85,4 grammes, les spécimens les plus longs atteignant environ cinq centimètres.
L’horloge à argon : dater les geraisites à 6,3 millions d’années
Dater une tectite est plus difficile que dater une coulée de lave. Le verre refroidit à partir d’un état fondu, si bien que l’horloge de l’argon radiogénique dans ses composants potassiques devrait être remise à zéro au moment de l’impact. Mais les tectites portent les empreintes chimiques, et parfois l’argon non remis à zéro, de leurs roches cibles. Si la cible est une vieille croûte continentale, une partie de l’argon 40 de la roche mère peut être héritée plutôt que nouvellement accumulée, ce qui biaise l’âge apparent vers des valeurs plus anciennes.
L’équipe de Fred Jourdan, au Western Australian Argon Isotope Facility de l’université Curtin, a soumis les geraisites à une analyse 40Ar/39Ar par chauffage par paliers. Le résultat, rapporté dans le résumé de l’article publié, est constitué de trois âges de plateau : 6,78 ± 0,02 Ma, 6,40 ± 0,02 Ma et 6,33 ± 0,02 Ma. Trois verres, trois âges, étalés sur quelque 450 000 ans. C’est bien plus que les incertitudes annoncées, si bien que les âges sont statistiquement distincts, et pourtant l’équipe les juge compatibles avec un événement unique plutôt qu’avec une série d’impacts sans rapport. La meilleure estimation de l’équipe pour l’âge de formation est d’environ 6,3 Ma.
Mais Crósta se montre prudent. « L’âge de 6,3 millions d’années doit être interprété comme un âge maximal », a-t-il déclaré au service de presse de la FAPESP, « puisqu’une partie de l’argon pourrait avoir été héritée des roches anciennes visées par l’impact ». Cette réserve compte. L’âge réel pourrait être sensiblement plus jeune, selon la quantité de vieil argon que les roches mères ont entraînée dans la matière fondue. L’article de Geology lui-même note que « la présence possible de 40Ar* hérité exigera des analyses supplémentaires pour établir pleinement leur âge ».
Six virgule trois millions d’années placent l’impact dans l’étage messinien du Miocène supérieur (7,246–5,333 Ma). La crise de salinité messinienne, l’assèchement cyclique de la Méditerranée, a débuté vers 5,97 Ma, plusieurs centaines de milliers d’années après l’événement des geraisites. Aucune source publiée n’établit de lien causal ou stratigraphique entre les deux ; la proximité temporelle est une coïncidence, non une conséquence. Aucune extinction n’a non plus été associée à l’impact. L’événement des geraisites occupe un coin tranquille de la chronologie du Miocène supérieur, enregistré jusqu’ici dans le seul verre.
Remonter de la roche cible jusqu’au craton de São Francisco

Une fois que vous avez une tectite, l’énigme suivante est la cible. Les tectites sont des empreintes brouillées des roches qui ont été fondues ; leur chimie globale, leurs isotopes et leurs éléments en traces portent tous un héritage. L’équipe de Crósta a mesuré les compositions isotopiques du strontium, du néodyme et du hafnium des geraisites et modélisé les « âges modèles » Nd et Hf, des calculs qui reviennent à demander : quand cette matière s’est-elle séparée du manteau pour la dernière fois ?
La réponse était frappante. Les âges modèles désignent une source crustale continentale, très probablement des roches felsiques mésoarchéennes, âgée d’environ 3,0 à 3,3 milliards d’années. C’est plus de la moitié de l’âge de la Terre. Les rapports K₂O/Na₂O et SiO₂/Al₂O₃ (respectivement 1,6 et 4,9, avec un SiO₂ global proche de 71,9 % en masse) confortent l’hypothèse d’un protolithe granitique.
« La signature isotopique indique une roche source continentale granitique très ancienne », a déclaré Crósta. « Cela réduit considérablement l’univers des zones candidates. » Un seul bloc cratonique archéen de l’est du Brésil — celui qui contient les composantes de type granite–roches vertes du Mésoarchéen qui s’accordent avec la signature isotopique des geraisites — répond à la géographie du champ de dispersion : le craton de São Francisco, qui affleure à travers la Bahia et le Minas Gerais et forme le soubassement de la majeure partie de la région où les geraisites ont été trouvées. La chasse au cratère est désormais une chasse à travers le craton de São Francisco.

Le sixième champ de dispersion
Dans l’article tel qu’il a été publié, le champ de dispersion des geraisites est décrit comme une bande d’environ 90 kilomètres de long à travers le nord du Minas Gerais. Depuis la soumission, des découvertes dans l’État de Bahia puis, plus récemment, au Piauí ont étiré le champ apparent à plus de 900 kilomètres, selon les déclarations de Crósta à la FAPESP. « Maintenant que la nouvelle se répand », a-t-il confié à Eos, « nous pourrions être contactés par davantage de personnes avec de nouveaux échantillons ». Le chiffre de 90 km appartient à l’article évalué par les pairs ; le chiffre de 900 km reflète la couverture de presse de février 2026 et n’a pas encore été évalué par les pairs.
Dans les deux cas, le champ est de taille moyenne : plus petit que le mastodonte australasien mais, selon Crósta à Eos, comparable en étendue au champ du Belize. Sur les six champs de tectites connus, seuls trois ont des cratères sources pleinement confirmés et forés. Les geraisites rejoignent les tectites d’Australasie et du Belize dans la catégorie des cratères non confirmés.
Le cratère manquant de l’Australasie
Le champ de dispersion de tectites d’Australasie est le plus vaste et le plus jeune de la Terre, daté de 788,1 ± 2,8 ka par Jourdan et ses collègues dans leur étude de 2019 parue dans Meteoritics & Planetary Science, et couvrant plus de 10 % de la surface de la Terre. Son cratère échappe aux chercheurs depuis plus d’un siècle. En 2020, le groupe de Kerry Sieh, de l’Earth Observatory of Singapore, a publié quatre lignes de preuves convergentes, la géochimie des tectites, la datation 40Ar/39Ar de coulées de lave sus-jacentes, des anomalies gravimétriques et une épaisse brèche proximale, désignant un cratère d’environ 15 km de diamètre enfoui sous le plateau des Bolovens, dans le sud du Laos. Un article de suivi de 2023 (Sieh et al., PNAS) a documenté les éjectas proximaux. Le plateau des Bolovens est aujourd’hui le principal candidat pour la source australasienne, bien que le dossier reste contesté dans la littérature (Mizera 2022 ; réponse de Sieh et al. 2024), et la structure elle-même reste sous environ 300 mètres de basalte et n’a jamais été forée. Les geraisites ne sont pas seules : les tectites d’Australasie et du Belize n’ont pas non plus de cratère source foré et pleinement confirmé.
Les moldavites et le Ries

Les moldavites d’Europe centrale sont le cas d’école d’une tectite rattachée à un cratère. Les verres vert bouteille de Bohême et de Moravie, utilisés par l’être humain depuis le Gravettien, vers 29 000 BP, époque où des éclats de moldavite se retrouvaient aux côtés des figurines de Vénus sur les sites de Willendorf, en Basse-Autriche, ont été reliés au cratère du Nördlinger Ries (~24–26 km de diamètre, selon le bord retenu), en Bavière, par un ensemble de preuves convergentes passé en revue de façon exhaustive par Dieter Stöffler et ses collègues en 2013. L’âge de l’impact, la géochimie, la systématique isotopique et la direction de dispersion des éjectas concordent tous. L’impact du Ries, daté de 14,808 ± 0,038 Ma par l’étude 40Ar/39Ar de haute précision de Schmieder et ses collègues en 2018 sur des moldavites de Besednice, de Chlum nad Malší et de Jankov, a fondu des sédiments de surface du Jura souabe et les a projetés jusqu’à 450 km vers l’est, dans ce qui est aujourd’hui la République tchèque.

La Côte d’Ivoire et le Bosumtwi
Les tectites de Côte d’Ivoire, quelques centaines de spécimens tout au plus dans les collections publiques et privées, ont été reliées au cratère du lac Bosumtwi, de 10,5 km, au Ghana, par Christian Koeberl, Billy Glass et leurs collègues, dans une longue série d’articles dont le point d’orgue est Koeberl et al. 1997. La preuve décisive a été la concordance des âges (environ 1,07 million d’années pour le cratère, quasi identique pour les tectites) et celle de la systématique isotopique Sr-Nd-Os. Le Bosumtwi est aujourd’hui l’un des jeunes cratères d’impact les mieux conservés de la Terre, foré en 2004 par l’International Continental Scientific Drilling Program.

L’Amérique du Nord et la baie de Chesapeake
Les tectites d’Amérique du Nord, réparties entre les bediasites du Texas et les georgiaites de Géorgie, avec une vaste couche de microtectites s’étendant au large, ont été rattachées à la structure d’impact de la baie de Chesapeake, de 85 km, par Koeberl, Poag, Reimold et Brandt en 1996. Les carottes de forage sous la baie ont révélé du quartz choqué, des figures de déformation planaires et des brèches de fusion d’impact ; l’âge radiométrique des tectites (35,5 ± 0,3 Ma) correspondait à l’âge biostratigraphique du cratère. C’est le plus ancien des champs de tectites bien rattachés.
Belize
Le dernier arrivé dans le club, avant les geraisites, était le Belize. Des spécimens vitreux de type tectite, récoltés près de Pook’s Hill, dans l’ouest du Belize, ont été datés d’environ 804 ± 9 ka et reliés par l’équipe de Pierre Rochette en 2021 au cratère de Pantasma, de 14 km, récemment identifié au Nicaragua, à environ 530 km de là. Certains géochimistes de l’impact restent prudents ; en 2022, un article a noté que la chimie globale seule n’est pas univoque, bien que la très faible teneur en eau, les inclusions de lechatelierite et l’absence de cristaux plaident ensemble pour une origine par impact.
Cela porte le total à six.
Où est le cratère ?
Christian Köberl, de l’Universität Wien, le doyen de la géochimie des tectites, est resté prudent. Il ne faisait pas partie de l’équipe de Crósta. Dans Eos, il a présenté l’article sur les geraisites avec la précision qui le caractérise : « C’est une découverte intéressante, qui ajoute probablement le deuxième champ de dispersion de tectites supplémentaire, outre celui du Belize, aux quatre champs “classiques” connus depuis plus de 100 ans. » « Six occurrences de tectites différentes dans le monde, c’est un nombre plutôt faible », a ajouté Köberl. « Cette découverte apporte de nouvelles observations et données importantes à notre compréhension des tectites, mais des analyses supplémentaires seront nécessaires. »
Alors, où est le cratère ?
Le champ de dispersion des geraisites, même à la longueur prudente de 90 km retenue dans l’article publié, est assez vaste pour exiger un impact considérable. La déshydratation poussée du verre final, la large dispersion aérodynamique et le volume global de matière fondue impliquent tous une structure large de plusieurs kilomètres, même si l’équipe de Crósta précise explicitement qu’elle ne peut pas encore déterminer la taille ni la vitesse de l’impacteur. « L’équipe travaille actuellement à un modèle mathématique des impacts afin d’estimer des paramètres tels que l’énergie libérée, la vitesse, l’angle d’entrée et le volume de roche fondue », indique le communiqué de la FAPESP. Au présent. En cours.
Le Brésil est géologiquement atypique par le faible nombre de structures d’impact qu’il a conservées. Son registre d’impacts confirmés est court — neuf structures (Reimold et al. 2022 ; Kenkmann 2021) : Araguainha (40 km), Serra da Cangalha (13,7 km), Cerro do Jarau (~13,5 km), Vargeão (12,4 km), Santa Marta (~10 km), Vista Alegre (9,5 km), Nova Colinas (~7 km, confirmée en 2022), Riachão (4,1 km) et la petite structure de Colônia, profondément altérée (3,6 km), la plupart bien plus anciennes que 6,3 Ma. Le craton de São Francisco est aussi l’une des portions les plus stables et les plus profondément altérées de la croûte sud-américaine. Un cratère de dix ou même quinze kilomètres de diamètre, enfoui sous des sédiments de la fin du Cénozoïque, un régolithe latéritique ou la végétation du cerrado, pourrait rester invisible pendant des dizaines de millions d’années. Crósta a commencé les recherches à l’aide d’imagerie satellitaire, de levés aérogéophysiques et de détection d’anomalies circulaires. « À l’avenir, des méthodes aérogéophysiques telles que les levés magnétiques et gravimétriques pourraient révéler des anomalies circulaires associées à un cratère enfoui ou érodé », a rapporté la FAPESP.
Il est aussi possible que le cratère ne soit plus du tout au Brésil. Crósta a indiqué à plusieurs médias que l’impact pourrait avoir eu lieu en mer, le schéma de dispersion de 900 km laissant penser que davantage d’échantillons apparaîtront dans les régions voisines. Le champ d’Australasie a son cratère sous des coulées volcaniques au Laos ; le cratère du champ d’Amérique du Nord se trouve au large, sous la baie de Chesapeake. Le cratère des geraisites pourrait se cacher sous la terre végétale brésilienne, sous les sédiments de l’Atlantique ou sous la peau latéritique du craton.
Pourquoi la découverte des geraisites compte pour le registre des impacts de la Terre
Les tectites sont de petits objets à qui l’on demande de porter une énorme part d’inférence. Un seul verre d’éclaboussure de 5 centimètres, tombé dans un pâturage du cerrado il y a six millions d’années, peut contraindre la date d’un impact, identifier la roche qu’il a fondue et, si vous parvenez à trouver le cratère, boucler la boucle d’une collision planétaire. Trois des six champs de tectites connus ont un cratère source confirmé. Les trois autres, l’Australasie, le Belize et désormais le Brésil, n’en ont pas.
La découverte des geraisites étoffe le recensement, chroniquement maigre, des cratères d’Amérique du Sud, un continent dont le registre d’impacts a longtemps accusé un retard sur l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Australie. Avec le Belize, elle montre aussi que les quatre champs de dispersion classiques sous-estimaient le nombre d’impacts producteurs de tectites de la fin du Cénozoïque, une tendance que Köberl présente désormais comme la seconde confirmation d’un même constat. Et elle rattache un impact inconnu, d’échelle kilométrique, vieux de six millions d’années, au craton de São Francisco, l’un des plus anciens morceaux de lithosphère continentale de l’hémisphère Sud.
Crósta aime faire la comparaison avec Mars. « La Terre a été bombardée tout comme Mars », a-t-il confié à Eos. « Mais ici, nous ne voyons pas les cratères aussi facilement, parce que notre planète est très dynamique, avec la tectonique des plaques et l’érosion. Pour étudier cette histoire, il faut chercher des traces, et les tectites en sont une. » Le cratère de Pantasma reste caché sous la jungle et la ponce. Celui de la baie de Chesapeake est noyé sous des sédiments saumâtres. Yarrabubba, dans le Pilbara, a été altéré jusqu’à n’être plus qu’un fantôme géochimique, détectable surtout grâce au zircon choqué. Tanis consigne son impact à un continent de distance, sous la forme d’une thanatocénose de poissons morts dans les heures qui ont suivi la frappe de Chicxulub. Le verre du désert libyque fait toujours débat. Les geraisites, posées sur des terres agricoles brésiliennes et surnommées « tourmaline de fond de bouteille », sont peut-être le plus désinvolte de tous ces témoignages.
L’article de l’équipe de Crósta se referme sur une phrase tournée vers l’avenir, qui se lit à la fois comme une marque de confiance et comme un aveu : « Cela a d’importantes implications pour l’ensemble du registre des impacts sur Terre, laissant penser qu’il pourrait exister d’autres occurrences de tectites encore non découvertes, d’origines, de compositions chimiques et d’âges distincts. » Quatre des six champs étaient connus depuis le début du XXe siècle. Un cinquième, le Belize, a été confirmé en 2021. Un sixième, au Brésil, en 2025. Le ciel nous tombe dessus depuis plus longtemps, et dans plus de directions, que ne l’ont jamais révélé les quatre champs classiques. Le prochain équivalent des geraisites dort peut-être en ce moment même dans le tiroir de quelqu’un, pris pour un morceau de scorie ou un fond de bouteille. Le téléphone de Crósta, selon toute apparence, n’a pas cessé de sonner.
Le cratère, lui, se trouve quelque part dans le cerrado, ou en dessous.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une geraisite ?
Une geraisite est un verre d’impact naturel, ou tectite, trouvé dans le nord du Brésil. Ces verres vont de moins d’un gramme à environ 85,4 grammes, paraissent noirs et opaques en lumière normale mais d’un gris-vert translucide sous une lumière vive, et prennent des formes d’éclaboussure (sphériques, en goutte, en haltère, torsadées). Ils ont été officiellement nommés dans l’article de décembre 2025 paru dans Geology, signé par Álvaro Crósta et ses collègues, d’après l’État brésilien du Minas Gerais, où les premiers spécimens ont été récoltés. Les geraisites constituent le sixième champ de dispersion de tectites reconnu sur Terre et le premier en Amérique du Sud.
Quel est l’âge du champ de tectites brésilien ?
Le meilleur âge 40Ar/39Ar de l’étude de Crósta et al. est d’environ 6,3 millions d’années, ce qui place l’impact dans l’étage messinien du Miocène supérieur. Trois âges de plateau (6,78 ± 0,02, 6,40 ± 0,02 et 6,33 ± 0,02 Ma) sont statistiquement distincts, mais les auteurs les jugent compatibles avec un événement unique. Crósta avertit que 6,3 Ma doit être lu comme un âge maximal, car une partie de l’argon radiogénique pourrait avoir été héritée des roches cibles très anciennes plutôt que remise à zéro lors de l’impact.
Où se trouve le cratère à l’origine des geraisites ?
Il n’a pas été trouvé. Les données isotopiques (Sr, Nd, Hf) désignent une cible faite de croûte granitique mésoarchéenne âgée de 3,0 à 3,3 milliards d’années, compatible avec le craton de São Francisco, dans l’est du Brésil. L’équipe de Crósta cherche à l’aide d’imagerie satellitaire, de données magnétiques et gravimétriques et de modélisation de l’impact. Le cratère pourrait être enfoui sous des sédiments ou de la latérite, profondément érodé ou, vu l’étendue de plus de 900 km du champ de dispersion signalée depuis la soumission de l’article, peut-être au large. Trois des six champs de tectites connus n’ont toujours pas de cratère source confirmé ; celui des geraisites en fait actuellement partie.




